Lettre à Adèle.

Publié le 13 Septembre 2013

 

" Ma chère Adèle,

 

S'il y a bien, à la suite de cette rentrée, un rendez-vous qui me manque;

c'est celui que je te demandais pour te raconter mes vacances.

J'aurais pris, comme les autres, mon 'ticket" et aurais attendu patiemment mon tour.

 

Je t'aurais parlé de cet été un peu mouvementé entre déménagement-emménagement et mariage dont je t'avais fait partager les préparatifs tout au long de l'année.

 

Je t'aurais raconté la douceur du pays des cigales où me voici installée.

Je t'aurais raconté ses couleurs, ses odeurs.

Je t'aurais raconté l'ombre bienfaisante des platanes et le souvenir du micocoulier sur lequel je me balançais quand j'étais enfant.

Je t'aurais raconté le craquement de la terre sous la chaleur quand l'eau s'est enfin évaporée en laissant à l'homme le soin de ramasser l'or blanc indispensable à relever nos meilleurs mêts.

Je t'aurais raconté les flamands roses, perchés sur une patte attendant patiemment depuis des décennies que la mer monte.

De la mer je ne t'aurais rien dit; celle-ci n'est pas jolie.

Mais je t'aurais parlé de la Camargue; de ses chevaux, de ses taureaux; de la noblesse de ses toréadors qui, montés sur les uns, affronteront les autres un soir dans les arênes.

Je t'aurais décrite leur croix:" Foi, Espérance et Charité"; qu'un jour je reproduirai.

 

J'aurais parlé longtemps, déçue de devoir cesser mais consciente de ne pas vouloir te fatiguer.

 

Tu disais que ces visites t'apportaient beaucoup, qu'elles étaient pour toi indispensables.

Si tu savais...

Lors de celles-ci, nous ne faisions pas seulement qu'échanger sur nos quotidiens;

nous nous déchargions aussi de nos soucis, nos peines, nos interrogations.

 

Tu nous amenais à nous confier et c'est souvent bien plus légères que nous te quittions.

 

Par ton courage et ton abandon, tu as suscité chez nous une grande admiration et je te sais ce soir très entourée et soutenue. 

Une énorme chaine de prières et de messes a été entreprise tout au long de l'été.

"Merci de toutes vos prières, offrandes de messes et chapelet. 

Nous le sentons comme de façon tangible."

 

 Hier je regrettais tristement nos entrevues:

la distance trop grande entre nous et le temps maintenant trop court.

 

Et puis j'ai perçu ces mots:

"Si tu savais le don de Dieu" ( Jn4,10)...

 

J'ai cependant hésité à publier cette lettre.

Je craignais qu'elle ne soit interprétée comme une certaine forme de voyeurisme, d'apitoiement  mal placés.

 Rien de tout cela.

C'est d'abord un besoin d'être en communion ce soir avec vous tous;

' Pourquoi serais-je hors de votre pensée, simplement parce-que je suis hors de votre vue?" ( Saint Augustin),

 

 parce qu'aussi j'ai été, comme un très grand nombre, admirative de la Foi avec laquelle vous vivez, ta famille et toi, cette épreuve;

"Je vous demande tout particulièrement de prier pour E. et les enfants, qu'ils vivent cela dans la plus grande sérénité et dans un parfait abandon à notre si bon Dieu, et pour ma part, une fois partie, dans son immense miséricorde, Dieu m'accueille dans son si beau Ciel!"


     et parce qu'enfin, c'est un merveilleux témoignage qui doit dépasser les limites de notre cercle "d'habitués", afin de faire connaître la reconnaissance de la Miséricorde divine.

 

"Si tu savais le don de Dieu..."

" Car cette parole exprime un soupir et une langueur du Fils de Dieu, ravi par l'excellence de cette vérité et souffrant que le monde l'ignore, tant elle est haute et importante pour le salut de la terre!"( Pierre de Bérule, Les mystères de la vie du Christ.)

 

Si Edith Stein n'avait pas été témoin de la force du mystère de la Croix au travers l'abandon et l'amour pour le Christ de son amie face à la perte de son époux,

elle ne serait peut-être jamais devenue Sœur Thérèse-Bénédicte de la Croix.

 

Ma chère Adèle, il y a un an je priais pour ta guérison,

"Si tu savais le don de Dieu..."

aujourd'hui je prie pour que la volonté de Dieu soit faite.

Tu m'as beaucoup appris. Merci pour ta patience.

Garde moi aussi dans tes prières.

 

Je t'embrasse.

Evelyne."

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Rédigé par souslaveranda.over-blog.com

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Claudette Paccaud 21/09/2013 21:40

Très belle et émouvante lettre,nous prions pour elle et sa famille et pour vous.Amitiés

porte plume 20/09/2013 09:12

C'est un bel hommage à ton amie.
En UDP et oui quelle est belle cette région où je n'étais venue qu'une fois à 7 ans et j'ai revu l'amie de ma maman qui n'a jamais quitté N.

Estelle 20/09/2013 06:09

comme cette lettre est belle, à la fois pleine d'espoir et de peine ... merci de nous faire partager cela, courage à vous tous , en UDP

astrefle7coeur 20/09/2013 01:31

et que par la miséricorde de Dieu, les âmes des fidèles trépassés reposent en paix...Ns prierons pour elle.

Angèle 16/09/2013 17:30

très émue par ces quelques lignes et le futur qui s'annonce... Malgré la tempête, tenir le cap, quoiqu'il arrive..... Facile à dire, mais saurais-je le faire?
Alors prions les Anges Gardiens, In Manibus Portabunt Te. Eux savent nous aider comme il faut pour ne pas quitter le chemin de Dieu malgré tout.
UDP

Nathalie 14/09/2013 21:47

Quelle jolie et émouvante lettre... merci de ce partage

auclairedelalune 14/09/2013 10:07

merci pour cette belle lettre ! quelle belle amitié vraie quelle belle Foi merci de nous en faire bénéficier ça me donne du courage et de l'Espérance amitié CLAIRE